Eh oui, à ce stade de ma petite vie de neuf ans, tout était devant moi, aussi abstrait qu’attirant.

Ma dixième année en sera bel et bien son tournant, mais quel tournant ?


Il est des moments de la vie qui ne s’effacent jamais, qui vous construisent ou vous détruisent, mais incontestablement vous établissent en tant que personne, individuelle et unique.

Cette dixième année...! Si loin, mais tout aussi proche pourtant. Comment ne pas se souvenir du premier témoignage de son affection, du premier ressentiment profond qui traduit un premier choix, des premières lueurs de sa détermination personnelle ... Oui, je suis juste en train de brièvement faire état du passage de garçonnet pudique, insouciant et innocent en un petit garçon qui se réveille, qui se découvre et qui s’inquiète.


Qu’a pu entamer cette innocence et laisser ce jeune garçon transpirer son inquiétude et ses peurs ?

Un baiser, son premier baiser. Voilà. L’exultation d’un simple geste qui le modifiera immuablement. Que vient-il de faire ? Il vient de découvrir les douces sensations de ces petites lèvres qui se posent sur les siennes malgré la terreur qui le gagne et le hante. Il vient de découvrir qu’il n’est dorénavant plus libre de se croire égoïstement seul, de n’avoir besoin que de lui. Il vient de découvrir qu’il devra désormais s’éveiller aux côtés d’une autre, celle qui l’anime, qui l’accompagne et qui compte sur lui. Il vient juste de se laisser aller à sa toute première révolution sentimentale. Il vient de chuter irrémédiablement dans l’infini et l’immensité de ses désirs. Il vient de s’apercevoir qu’il ne pourra plus être l’unique acteur de ses décisions et qu’il sera contraint de composer avec ses pensées, ses sentiments. Il vient dès lors d’appréhender ce qu’est d’aimer. L’Amour, son premier Amour.

Elle s’appelle Émilie. Elle est belle. Elle lui plaît plus que tout au monde et elle est sienne. Comment projeter cette volonté d’appartenance à cet âge ? Pour peu que je me souvienne, elle est juste devenue sa petite fierté qui escorte ce jeune coq dans la cour de l’école. Il se rappelle tant de belles choses avec elle qu’il n’a jamais vraiment pu oublier, l’oublier. Elle est restée sa première petite copine, sa première volonté de partager, son premier abandon à une chose plus forte que lui. Émilie.

Pour comprendre l’origine de mes interrogations, je dois nécessairement en évoquer leurs fondements. Ce sera mon commencement, mon point de départ, ma naissance, et ce, par la simplicité de la découverte d’un sentiment nouveau.

Je ne me livrerai pas à l’exhaustive narration de nos actions, nos envies et nos jeux. Il est des moments qui se sacralisent d’eux-mêmes et qui ne se laissent atteindre que par ma nostalgie. Il m’était juste important de retourner à la naissance de ces sentiments que sont le partage, la plénitude et oui, je crois le bonheur, enfin, celui d’un garçon de dix ans. Elle a été mon premier Amour et le restera. Rien ne me fera l’oublier et rien ne me fera le regretter, jamais. Elle est ma naissance juvénile de ce désir d’aimer.

Nota Bene :    Je ne doute pas que tout ceci vous paraisse simplet, voire naïf, mais ne l’est-on pas à cet âge ? Croyez seulement sincèrement que cette brève description est bel et bien le juste reflet de ce qui m’a été donné de juger à ce moment de ma jeune existence. Ce petit garçon qui traverse les premières turpitudes de ses nouvelles pensées et qui lui sont restées ancrées encore aujourd’hui.



Page suivanteConstruction.html
Construction.html
Page précédentePr%C3%A9ambule.html
Pr%C3%A9ambule.html

Epica - Feint (Version Piano)